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L’affaire Guindonville
Ajouter l’insulte à l’injure

Vous vous souvenez peut-être de l’affaire Guindonville, ce quartier modeste de Val-David que la municipalité a démoli cet été afin d’y construire un éventuel stationnement, jetant du même coup ses locataires à la rue en pleine crise du logement.1 Nous publions ici des extraits commentés d’un texte que nous avons reçu de Jean-Pierre Charce, ex-résident de Guindonville, qui fait un bilan de la situation un an après le début de cette saga.

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« En ces jours "du temps des fêtes " je me souviens de Guindonville , un quartier où vivaient paisiblement 7 familles, de ces petites maisons de pierres et de bois, nichées au flanc de la colline, on aurait dit une aquarelle de Marc-Aurel Fortin. Je me souviens de ce 23 décembre 2002, veille de Noël où monsieur Guindon, propriétaire des lieux, la larme à l’oeil, me faisait lire l’avis d’expropriation qu’il venait tout juste de recevoir. J’étais bouleversé. [...] Il fallait annoncer la décisions aux résidants des lieux, certains étant malades et fragiles. »

Pendant que la municipalité s’acharnait sur Guindonville, un promoteur immobilier a acheté « à l’insu de la ville » (pardonnez les guillemets, mais mon code de déontologie personnel m’interdit de ne pas en mettre...), 80% des terrains du futur parc régional à l’origine de l’expropriation de Guindonville. Or, suite à un référendum le 2 novembre dernier, la ville s’est voté un emprunt de 900 000 $ pour exproprier également Cousineau. Mais celui qui se décrit lui-même comme « un développeur qui fait ça pour l’argent », est mort de rire puisqu’il estime que la valeur marchande de son terrain est maintenant de 30 millions de dollars ! Comme la proposition de la ville lui semble ridicule, Cousineau a fait installer autour de son terrain 27 clôtures grillagées qui bloquent l’accès à des centaines de kilomètres de pistes de ski de fond. En plus des guindonvillois, les payeurs de taxe et amateurs de plein air s’ajoutent donc aux victimes de la « tremblantisation » de la région. Décidément, beaucoup de coups de pied au cul se perdent dans cette histoire...

« Je me souviens de ce jour du mois de mai suivant où l’on tentait en vain de repousser la date d’éviction de 6 mois. Je me souviens de l’arrogance du représentant de la mairie et de son avocat : « Nous ne pouvons accepter cette demande car il est urgent de construire un stationnement et un pavillon d’accueil pour les touristes. De plus, l’auberge La Sapinière ne peut plus nous prêter son parking car cela dérange sa clientèle. » Et ce juge, tout aussi méprisant, d’acquiescer... »

On est maintenant fin décembre 2003 et il n’y a toujours pas de stationnement de construit. Cela veut dire que les locataires de Guindonville auraient pu rester 6 mois de plus, et même tout l’hiver. De plus, nous apprenions récemment que l’hôtel La Sapinière rendait à nouveau disponible son stationnement pour les voitures des skieurs. Qu’ est-il advenu de la sacro-sainte quiétude de ses clients ? Personne ne le sait... De toute façon avec la clôture de Cousineau, qui va aller skier à Val-David cet hiver ?

« Pour ce qui est des gens expulsés, ils ne sont pas mieux logés comme le prétendait récemment un ex-conseiller municipal, mais plutôt plus mal : certains ont une chambre chez des amis, d’autres habitent des maisons mobiles, plus chères, mal isolées et à vendre. [...] Certains enfin ont du s’exiler, ne trouvant pas de loyers abordables à Val-David. Certains ont surtout dû se passer de dinde cette année. Je m’en souviendrai ... »

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En guise d’épilogue à ces coups de pelle mécanique portés non seulement aux maisons mais à la démocratie, quoi de mieux qu’une bonne petite chasse aux sorcières ? On apprenait récemment que la présidente du journal communautaire Ski-se-dit de Val-David, en collaboration avec la nouvelle mairie (qui finance le journal et prête le local), fermait temporairement le journal « afin de revoir ses règlements et ses orientations ». Plus concrètement, les serrures ont été changées pour que la rédactrice en chef, Catherine Baïcoianu, ne puisse plus entrer dans son bureau.

On se souviendra que Mme Baïcoianu avait été accusée par les autorités locales d’avoir pris position dans l’affaire Guindonville en publiant les nombreuses lettres ouvertes s’opposant à l’expropriation des Guindonvillois. Elle avait aussi publié un article révélant l’existence d’une étude portant non pas sur la protection et la préservation du futur parc Dufresne, mais sur son exploitation et son développement potentiel...

Mais dormez tranquille citoyens de Val-David, cela n’a rien à voir avec son congédiement. Toutes ces années où Mme Baïcoianu s’est investi à promouvoir la liberté d’expression et à faire de votre journal communautaire la voix du peuple, tout cela sera revu pour votre bien. J’insiste, dormez tranquille, et prenez exemple sur les développeurs. Eux dorment à poings fermés et font de beaux rêves...

BRUNO DUBUC


1 Le Couac lui avait consacré deux articles, l’un en mars (http://www.lecouac.org/article.php3 ?id_article=76) et l’autre en juillet 2003 (http://www.lecouac.org/article.php3 ?id_article=77).



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