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L’ONU blâme la police de Montréal PLUS DE 2500 MANIFESTANTS ONT ÉTÉ ARRÊTÉS AU QUÉBEC DEPUIS 1999, la majorité à Montréal. Le 2 novembre, le Comité des droits de l’Homme de l’ONU a déclaré s’inquiéter à propos du Canada où « la police, en particulier à Montréal, pratique des arrestations de masse demanifestants », ce qui brime la liberté d’expression et d’assemblée.
Même si des méfaits sont commis par quelques manifestants, est-il légitime de considérer tous les manifestants coupables par association ? L’article 63 sur « l’attroupement illégal » du Code criminel canadien propose un tel amalgame. L’ONU laisse entendre que la loi canadienne contrevient ici au droit fondamental de chacun à participer à des manifestations. La critique de l’ONU rejoint la thèse de Patrick Forget, auteur du livre Sur la manifestation (2005), qui constate que la disposition du Code criminel à l’égard de l’attroupement illégal « remet entre les mains des policiers le pouvoir de nier l’exercice de droits constitutionnellement protégés. » Réagissant au blâme de l’ONU, le directeur adjoint de la police de Montréal déclarait que « les arrestations de masse sont toujours la dernière alternative. On fait ça seulement quand il y a des débordements majeurs pendant une manifestation. » Si ces propos sont correctement rapportés par les médias, ce policier ment. Les 66 étudiants de l’UQAM encerclés le 24 novembre 1999 manifestaient paisiblement sur la rue Sainte-Catherine contre une entente entre leur université et Coca-Cola. Pire le 26 avril 2002, les policiers ont encerclé environ 500 personnes avant même le début d’une manifestation contre le G8. Un porte-parole de la police avait parlé d’une « intervention préventive », expression qui révèle la fausseté de la réplique de la police au rapport de l’ONU. À court d’espoir de voir les policiers respecter leurs droits, des manifestants arrêtés ont intenté des recours collectifs contre la Ville de Montréal. L’un de ces recours évoque une « discrimination fondée sur les convictions politiques » dont seraient coupables les policiers, qui ne ciblent que les manifestations associées à tort ou à raison à l’extrême gauche, l’altermondialisme et l’anarchisme. Des études en sciences sociales sur la brutalité policière tendent à confirmer la discrimination dont font preuve les policiers, plus prompts à brutaliser et brimer les droits d’individus qu’ils perçoivent comme « marginaux » et « déviants ». Deux jours après la parution du rapport de l’ONU, une manifestation « anticapitaliste » avait lieu à Montréal, en solidarité avec les Argentins qui protestaient contre le Sommet des Amériques. La police de Montréal n’a pas procédé cette fois à des arrestations de masse. Pourquoi a-t-il fallu attendre la voix de l’ONU pour que les policiers de Montréal respectent enfin les droits fondamentaux de leurs concitoyens, soient-ils « jeunes » et « anarchistes » FRANCIS DUPUIS-DÉRI |
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Le Couac
2006 |