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Radio-can... on s’en c..... !

Branle-bas de combat pour dénoncer les compressions à Radio-Canada. On s’en prend aux conservateurs. Mais depuis 20 ans conservateurs et libéraux jouent de la même hache et ont placé leurs hommes de main pour gérer le virage. Que les syndicats (toujours en retard de 2 ou 3 saisons) montent aux barricades pour défendre des jobs bien payées dans un service dit public, c’est le minimum décent. Le problème, c’est que ça s’arrête là.

Comme arguments en faveur d’un moratoire sur les coupures, on pavoise sur la qualité des émissions, sur le service public et patati et patata. Bon, je veux bien me laisser convaincre. Mais que fait-on du pire, de toutes ces émissions qui entretiennent la régression sociale ? Chauvinisme canadien lorsqu’il s’agit de sport, surtout en temps olympique, pensé unique en économie (capitaliste évidemment), sans compter le champ politique où nos journaleux ressassent allègrement les tendances les plus éculées de la démocratie représentative. Si j’écoute encore la radio, c’est pour 2 raisons principales. Un, parce qu’il n’y a pas de pub et deux, parce que ça me permet de pester contre la soi-disant "objectivité jusqu’à l’os" de notre élite journalistique.

D’ailleurs, cette élite, payée sans doute dans les 6 chiffres, qui sort subitement de sa réserve. N’y a-t-il pas là anguille sous roche. Imaginez, PKP, concurrent féroce s’il en est, dit écouter assidument radio-can et ajoute même "que Radio-Canada est un acteur fondamental pour une saine et rigoureuse information de la population" (je souligne). La gauche sociale-démocrate, dirigeant-e-s syndicaux, politiciens-nes, élite journalistique, ami-e-s de radio-can, bref, tous convergent avec la déclaration de PKP, qui lui, sait pragmatiquement, que son empire a besoin d’un minimum de radio d’État pour prospérer et pour favoriser le statu quo.

Saine et rigoureuse information : une vraie farce

Radio-Can ne se situe en rien à l’extérieur du "consensus médiatique", celui qui reproduit les pouvoirs politiques, économiques et culturels dominants. On pourrait donner des centaines d’exemples du parti pris "objectif" de radio-can. J’en prends un au hasard de la journée où j’écris ce texte. À Ottawa, on célèbre l’implication des soldats en Afghanistan. Le discours dominant que l’on a entendu toute la journée "Les 158 morts de soldats n’auront pas été vains". La seule critique "acceptable", il en faut bien une, objectivité oblige, est celle qui souligne les ratés du soutien aux soldats blessés. Pendant 12 ans qu’a duré cette guerre, la majorité de la population du Québec est restée fortement opposée à cette guerre. On a refusé de donner la parole aux antiguerre. Exit le débat public sur un enjeu fondamental.

Comme l’a démontré Noam Chomsky , la propagande politicienne et médiatique conditionne l’opinion publique. Dernièrement, le militant-sociologue Pierre Mouterde (Presse-toi à gauche) nous rappelait que "Le poids grandissant et « tonitruant » des médias —dans la formation de l’opinion publique, dans le déroulement d’une campagne (électorale), dans la constitution des rapports de force, etc.— est à sa manière l’expression néolibérale".

Bref, même financée par des fonds publics, Radio-can se comporte comme le privé. Une véritable résistance à son démantèlement programmé et qui doit commencer de l’intérieur, serait une lutte pour la démocratisation de ce service public (comme tous les services publics d’ailleurs), c’est-à-dire l’appropriation réellement collective et démocratique d’un outil qui devrait servir à l’émancipation individuelle et collective.

Moins que ça, je n’ai pas de raison de me mouiller pour sauver RADIO-CAN.

MARCEL SÉVIGNY



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