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Madeleine Parent
La lutte continue

Si Madeleine Parent, cette grande défenderesse de toutes les luttes, cette guerrière sociale infatigable, s’est éteinte le 12 mars dernier, sa fougue, ses combats et son héritage militant sont loin de l’être, et inspirent encore chaque jour le Québec en entier.

Cette tisserande des solidarités a été un véritable fer de lance du mouvement syndical québécois et canadien. Après des études dans des écoles privées de l’ouest de Montréal, elle entre à McGill afin d’y faire des études en sociologie. Elle s’implique dans la Canadian Student Assembly. Elle y rencontre Léa Roback, une militante avec qui elle se battra pour le droit de vote des femmes, qui l’encourage fortement à s’impliquer dans le milieu syndical. « À ce moment, j’ai décidé que c’est ce que je voulais faire, que j’allais consacrer ma vie à me battre », affirmera-t-elle plus tard. Et c’est ce qu’elle fait, jusqu’à la fin, dans sa vie professionnelle comme personnelle, alors qu’elle combat longuement la maladie de Parkinson avant de quitter le monde qu’elle a passé sa vie à tenter d’améliorer.

Sa rencontre avec le syndicaliste Kent Rowley, avec qui elle partage sa vie, est déterminante. Le couple met sur pied la lutte pour l’organisation des travailleurs du textile à Montréal. Ennemi du clergé et de Maurice Duplessis, le duo ne baissera jamais les bras, même lorsqu’il se fait arrêter et doit s’exiler en Ontario.

En 1942, Madeleine Parent, décrite par l’écrivain Rick Salutin -dans le livre Kent Rowley : The Organizer : A Canadian Union Life- comme ayant « une volonté de fer et un collier de perles », se retrouve à la tête du mouvement de syndicalisation des usines de Valleyfield et de Montréal de la Dominion Textile. Un an après, à Lachute, une grève prend place, et les tensions entre les célèbres syndicalistes et Duplessis culminent. Exilés en Ontario en 1952, Kent Rowley et Madeleine Parent y créent le Syndicat des travailleurs canadiens du textile et de la chimie (1952), puis la Confédération des syndicats canadiens, en 1969. Toute leur vie, Madeleine Parent et son complice contribuent à mettre en place nombre de syndicats locaux indépendants de l’emprise des syndicats américains, qui dirigent alors la plupart des indus-tries du textile au Canada. Madeleine Parent est l’un des membres fondateurs du Conseil des syndicats canadiens. Elle participe aussi à la création du Comité d’action pour le statut de la femme dans les années 70.

Toute sa vie, la militante lutte contre les inégalités sociales. Elle est la porte-étendard de la classe ouvrière et du féminisme. Même après sa retraite, en 1983, elle continue de s’investir dans plusieurs causes. Elle s’implique notamment à la Fédération des femmes du Québec, à Alternatives, à la Ligue des droits et libertés. Elle participe entre autres à la Marche mondiale des femmes en 2000 et y prend la parole, de ses 82 ans, devant les femmes des nouvelles générations qui composent alors les luttes féministes. Elle participe au Sommet de Québec en 2001. Elle se prononce contre l’ALENA, les guerres du Golfe et le modèle néo-libéral. El le se por te à la défense des travailleurs et travailleuses immigrants, particulièrement celle des femmes sud-asiatiques et autochtones. Elle dénonce l’influence américaine et proteste contre les compressions des services sociaux.

La grande dame, qui nait en 1918 et grandit près du parc Lafontaine, a inspiré toute une génération de militantes et de militants, et plusieurs autres après elle. Les Monique Simard, Françoise David, Éva Circé-Côté et Andrée Lévesque, ainsi que de nombreuses autres femmes et hommes, se sont inspirées de son legs politique pour à leur tour mener des luttes dans leur domaine, ou rendre hommage à son oeuvre.

Madeleine Parent, qui a oeuvré dans les années 30 pour le droit d’accès universel à l’éducation, arborerait aujourd’hui sans aucun doute un carré rouge et marcherait fièrement aux côtés des étudiants en grève. Le droit à l’éducation fut l’une de ses premières luttes, lorsqu’elle était étudiante à McGill, alors qu’elle s’est battue pour que les jeunes défavorisés, notamment les enfants d’ouvriers et de cultivateurs, puissent avoir accès à des bourses d’études pour pouvoir entreprendre des études universitaires.

Celle qui a été arrêtée cinq fois au cours de sa carrière syndicale en aurait sûrement long à dire sur les rapports avec les forces de l’ordre. Cette grande femme a contribué à bâtir des luttes de tous les instants. Elle dira à Andrée Lévesque, son amie et biographe autorisée (Madeleine Parent, militante, 2003, Éditions du remue-ménage) : « Chaque lutte syndicale enseigne au travailleur comment se battre. Rien n’est jamais complètement perdu ». De quoi inspirer le mouvement de la grève étudiante à ne rien lâcher, et à entraîner toute la société, comme la manifestation du 22 mars dernier en témoigne, à continuer la lutte.

GABRIELLE BRASSARD-LECOURS



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