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Charest doit rester

Si nous voulons éviter l’effondrement de l’actuel système politique québécois, Jean Charest doit rester premier ministre. Dans la foulée de la pétition électronique exigeant sa démission, c’est à cette conclusion qu’arrive Le Couac.

En effet, se laissant emporter par une saute d’humeur à peine justifiée par quelques politiques courageuses mais impopulaires, des centaines de milliers de personnes ont signé cette pétition. On peut comprendre leur frustration sur certains détails, mais on ne peut partager leur inconscience. Car le départ du premier ministre, en cette période trouble, mènerait ni plus ni moins à l’effondrement d’un système politique patiemment construit depuis deux mandats, flamboyant dans ses effets mais fragile comme un château de carte à sa base.

En effet, le premier ministre est la pierre d’assise d’une complexe pyramide inversée qui sert de socle à une savante architecture de post-it et d’enveloppes savamment distribuées dans l’espace de notre belle province. Et c’est par ce réseau fluctuant mais stable à la fois que Jean Charest peut rendre à Pierre-Karl ce qui est à Pierre-Karl et à Paul ce qui appartient à Paul. Un Québec sans Jean Charest pour contrôler chacune des envies de ces messieurs, ce serait comme un aéroport sans contrôleurs aériens. Dans un cas comme dans l’autre, les vols doivent se faire dans l’ordre, sinon ce serait l’anarchie !

Soyons donc éclairés et ne nous débarrassons pas du seul homme politique québécois qui puisse gérer la grosse entreprise qu’est appelé à devenir le Québec du XXIe siècle.

Il nous bétonnera toujours

Contrairement à ce que pensent les signeux de pétitions, le Québec ne se construit pas que sur des idées. Jean Charest lui le sait. Le Québec se construit sur du béton, encore du béton et toujours du béton. Grâce à ses bons contacts dans l’industrie, le premier ministre nous permet d’économiser des millions en construction en obtenant des prix d’ami pour le Québec. Ces contrats fournissent du travail à nombre de travailleurs diligemment dirigés vers les bons chantiers par leurs officiers syndicaux.

Une vision postenvironnementale

En stimulant le Québec pour qu’il exploite à sa pleine capacité ses ressources naturelles, Jean Charest travaille pour notre avenir. Il s’inscrit d’ailleurs dans un mouvement mondial d’exploitation intense des ressources énergétiques non-renouvelables, appelant de ses voeux une exploitation rapide et sans chichi des gaz de schiste de toutes les régions du Québec. En ce sens, on pourrait même aller jusqu’à le qualifier d’internationaliste.

Même vision aiguë du futur en ce qui concerne les ressources minières québécoises. Au lieu de les garder follement dans notre sous-sol à rien faire, Jean Charest nous pousse à utiliser notre génie, et surtout nos firmes de génie, pour les exploiter complètement et les vendre à nos voisins. Bien sûr nous ne les vendrons pas trop cher pour pouvoir les écouler le plus rapidement possible. S’il y a une chose que Jean Charest nous a appris au Québec, c’est bien que le temps, c’est de l’argent !

Un altruisme aristocratique

Disons-le simplement, Jean Charest est aussi un homme généreux. Au lieu de garder pour lui et ses amis du gouvernement les redevances des ressources naturelles, ils les cèdent avec grandeur aux entreprises privées, ces mêmes entreprises qui, elles aussi, nous font le privilège d’employer des gens ordinaires comme vous et moi. Elles peuvent ainsi offrir de bons salaires à des dizaines, et parfois même à des vingtaines, d’honnêtes travailleurs pendants souvent plusieurs mois consécutifs. Contrairement aux communistes qui veulent tout nationaliser, le parti libéral ne sait pas seulement redistribuer la richesse : il sait aussi la créer. Et n’importe qui d’âge mental d’au moins sept ans vous le dira : avant de redistribuer quelque chose, il faut l’avoir, et donc le créer. D’où, encore une fois, la nécessité d’un Jean Charest.

Une justice à géométrie variable

Depuis l’arrivée au pouvoir des libéraux, le gouvernement du Québec est également épris d’un grand intérêt pour la justice. Une justice que Jean Charest veut toujours plus finement ajustée à ses besoins, qui sont aussi les nôtres, bien entendu. Au lieu de donner du pouvoir à des commissions d’enquête publiques contrôlées par tout un chacun, le gouvernement Charest choisi un à un et avec une minutie presque maniaque, chacun des juge qu’il nomme. En s’assurant personnellement qu’ils ont les meilleures intentions pour le Québec, le premier ministre contribue à rendre notre justice plus efficace.

Une droite forte pour contrer l’extrême droite

Enfin, n’oublions pas que le parti libéral du Québec est un rempart contre le vent de droite qui souffle partout au Canada et qui a même des partisans chez nous. Si Jean Charest devait partir, les libéraux pourraient perdre les prochaines élections et, qui sait, nous pourrions nous retrouver avec un François Legault au pouvoir, inspiré par les idées d’extrême droite du Réseau Liberté Québec (RLQ). Imaginez, une fois au pouvoir, comment ces gens pourraient privatiser les soins de santé rapidement, augmenter les frais de scolarité brutalement, réduire la taille de l’État excessivement, et peut-être même soustraiter des secteurs entiers du secteur public aux mains du privé. Des domaines où le parti libéral de Jean Charest a déjà acquis une expertise certaine, et qu’il sait faire, lui, beaucoup plus subtilement et tout en douceur.

Alors que Noël approche, n’encourageons pas les Salomé de notre nation qui veulent la tête de notre petit Saint Jean-Baptiste. Rassemblons-nous plutôt à ses côtés et reconnaissons en lui le petit père spirituel de notre peuple.



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