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Un deuxième Hoodstock à Montréal-Nord
Début août, la commandante du poste 39 à Montréal-Nord convoque les organismes communautaires en prévision de la fin de semaine qui marquera le triste deuxième anniversaire de la mort de Fredy Villanueva aux mains du SPVM. Par cette concertation, le service de police espérait certainement s’assurer l’appui de la « communauté » (le surnom que se donne le secteur communautaire dans ce secteur) dans le maintien de l’ordre advenant la résurgence d’émotions vives liées au sentiment d’injustice qui persiste dans l’autre communauté, celle qui relève davantage de la Gemeinschaft ou la common decency, mais qu’il serait approprié de désigner à Montréal-Nord comme le moun yo d’la place. La situation était d’autant plus inquiétante pour les autorités que la guérilla urbano-médiatique Montréal-Nord Républik (M-NR) avait annoncé la tenue d’un second Hoodstock/Forum social au cœur même du parc où a été tué le jeune Fredy. Pour ce collectif dissident, le pied d’alerte des institutions officielles présentait au moins l’avantage de garantir le succès médiatique de l’événement étant donné l’irrépressible fantasme des grands médias pour des images de jeunes brûlant des voitures. Hoodstock 2010 s’est plutôt déroulé sans débordement à l’instar de toutes les activités de M-NR depuis la fondation du collectif. Le thème de cette seconde édition était celui de la « réappropriation des espaces publics ». Ce choix faisait d’abord écho au motif invoqué par l’agent Jean-Loup Lapointe (matricule 3776) pour l’intervention tragique du 9 août 2008 (le règlement municipal interdisant de jouer aux dés dans un espace public), mais il dénonçait aussi les dérives d’une administration se voulant omnisciente, c’est-à-dire qui s’empare de tout, quadrille tout et réglemente tout. Dans son délire de contrôle, elle aboutit à sanctionner des individus pour flânage… dans un parc. Ajoutez à ce zèle une bonne dose de profilage racial, dont l’existence a été réaffirmée récemment dans un rapport interne que le SPVM n’a pas réussi à dissimuler, et vous avez un thème, « la réappropriation des espaces publics », qui va comme un gant au moun yo de Montréal-Nord. Après les ateliers et conférences dans le jour, marquées notamment par un commentaire apprécié de Jean St-Vil sur l’envers et les travers de la « reconstruction » d’Haïti, les participantEs étaient conviéEs à une marche dans le quartier telle qu’organisée par la Coalition contre la Répression et les Abus policiers. Malgré la pluie battante, une colonne de 150 irréductibles manifestants ont défilé cœur battant au rythme de la fanfare et des chants percutants. Les manifestants ont convertis en slogan de la périphérie les paroles de l’artiste hip-hop Dramatik : « As-tu oublié qu’on vivait ici », qui appelle la société québécoise à ne pas ostraciser les communautés méconnues qui peuplent les marges de la grande ville. La marche familiale s’est arrêtée devant le poste de quartier pour die-in. Fredy Villanueva est tombé sous les balles du policier Lapointe et sous les yeux quelques témoins. Le die-in se voulait la démonstration que ce n’est pas seulement Fredy mais une communauté entière qui est tombée et qui l’a fait voir aux yeux de tous les policiers du poste de quartier. La journée s’est terminée comme elle avait commencé, dans le calme.
À cet effet, depuis leur repaire dans la jungle nord-montréalaise, les commandants de M-NR ont songé un instant émettre un communiqué exprimant leurs craintes relatives à une possible baisse de la couverture médiatique étant donné l’absence de casse répétée de leurs actions. M-NR regrette également que certains journalistes ne soient pas parvenus à hisser leur couverture au-delà de la question à savoir pourquoi les organisateurs n’avaient pas abdiqué leur droit démocratique au rassemblement en remettant préalablement au service de police un trajet pour la marche. M-NR aurait souhaité que l’on salue plutôt le courage de la famille Villanueva qui par sa persistance dans la lutte est une inspiration pour tout le moun yo qui se heurte un jour ou l’autre à la lourdeur des institutions sur le chemin de la justice sociale. Montréal-Nord Républik |
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Le Couac
2006 |