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Plus de travail pour moins d’argent

On nous a dit qu’il fallait travailler plus, on l’a fait. On nous a dit de créer plus de richesse, on l’a fait. En sommes- nous plus riche maintenant ? Eux, oui. Pour la majorité des familles par contre, l’augmentation du temps de travail ne s’est pas répercutée dans les gains. Pire encore, ceux qui se sont le plus enrichi, c’est-à-dire les 10 % les plus riche, ont réussit à atteindre ce résultat en travaillant moins de semaines qu’en 1976.

L’IRIS s’est penché sur les données statistiques des 30 dernières années pour voir l’évolution des gains, des revenus après impôt et du temps de travail chez les familles québécoises. Le résultat est frappant. Alors que le PIB augmente de 71 % et que les familles travaillent en moyenne 14 semaines de plus en 2006 qu’en 1976, la richesse se répartit de manière plus inégale que jamais.

Plusieurs statistiques confirment cette conclusion. D’abord, le coefficient de Gini qui mesure les inégalités dans une société est en hausse par rapport à 1976. De plus, le seul groupe qui a vu sa part de richesse augmenter par rapport à la génération précédente est composé des 30 % les plus riches. Pour tous les autres groupes, ils possèdent collectivement moins qu’il y a 30 ans. C’est pour les 10 % au sommet de la pyramide des gains que l’augmentation est la plus substantielle. Lorsqu’on compare les gains moyens des 30 % les plus pauvres avec les 10 % les plus riches, même constat : l’écart se creuse et c’est pire depuis les dix dernières années.

Laissé au marché, les mécanismes de redistribution ne fonctionnent pas. Les familles travaillent plus, mais le résultat est mitigé. Pour plus de la moitié d’entre elles, les gains ont diminué lorsque comparé à 1976. Pour un autre 20 %, la situation est restée stable malgré une augmentation importante du temps de travail. Pour les plus riches par contre, tout va bien. Leurs gains sont près de 25 % plus élevés alors qu’ils travaillent 5 % de moins.

Par conséquent, la classe moyenne telle qu’elle était définie en 1980 s’est réduite de 12 % alors que les plus riches et les plus pauvres gagnaient en importance. On se retrouve donc avec une société plus inégale qu’avant.

L’État aide à freiner l’écart qui se creuse. En effet, grâce à l’impôt et aux transferts, toutes les familles du Québec ont un revenu supérieur à ce qu’il était il y a 30 ans. Il est à noter que les familles les plus pauvres voient leur s o r t s ’amé l io r e r g r a nd ement . Toutefois, leur revenu après impôt médian demeure sous la mesure de faible revenu, même pour une famille monoparentale avec un seul enfant. Le second groupe le plus privilégié est celui représentant les familles les plus riches, avec une augmentation de 14 %.

À gauche comme à droite, la réalité décrite par l’étude touche une corde sensible. On se sent floué par celles et ceux qui nous ont tenus des discours productivistes, on s’interroge sur le bien fondé des efforts mis dans le travail qui ont surtout profité aux plus riches. Lorsqu’on ajoute à ce changement dans la cartographie de la distribution de la richesse les effets du dernier budget qui demande aux familles les de la classe moyenne de payer plus pour moins de service, il est légitime de s’inquiéter.

Ajoutons à cela une autre réalité plus que préoccupante pour l’ensemble de la population : la question de l’endettement. Au Québec comme ailleurs, les taux d’endettements personnels sont à leurs plus haut en 40 ans. Du côté de la Banque Nationale, on s’en réjouit et on croit même qu’il est encore possible d’aller en chercher un peu plus. La crise financière et les dettes toxiques n’ont pas freiné l’ardeur des institutions financières à nous plonger encore un peu plus loin dans la précarité financière.

Pourtant, de l’autre côté, on nous dit que les huissiers sont à la porte de la province, que la réduction de l’endettement public doit être la priorité des gouvernements. Plusieurs politiciens et de multiples groupes de pressions crient à la justice intergénérationnelle à toutes les tribunes, il s’agit d’un enjeu crucial en politique...

Peut-être serait-il temps de recentrer le discours sur la réalité des familles. Comment peut-on justifier que la construction d’infrastructures, d’écoles et d’hôpitaux soient un poids trop grand pour nos enfants, malgré le bénéfice collectif qu’ils en récolteront, tout en évacuant du même coup l’endettement personnel, la consommation érigée en symbole de réussite, l’omniprésence du modèle « achetez maintenant, payez plus tard » ?

EVE-LYNE COUTURIER et BERTRAND SCHEPPER, chercheur(e)s à l’IRIS



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