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Chartrand dans son élément
Extraits d’un discours parmi tant d’autres

Vous souvenez-vous de l’élection partielle provinciale dans la circonscription de Mercier, le 9 avril 2001, où Paul Cliche avait recueilli 24% des voix ? Moi je m’en souviens. Je tournais à cette époque « Le Gambit du Fou » (www.legambitdufou.org), film où je voulais mettre en valeur l’argumentaire de M. Cliche sur l’importance d’introduire une composante proportionnelle dans le mode de scrutin québécois. Je lui avais donc demandé la permission de filmer un rassemblement politique de sa campagne électorale au Resto Plateau, sur la rue St-Hubert, le soir du 16 février. Et j’espérais le prendre à part à la fin de la soirée pour filmer une courte entrevue avec lui.

Mais c’était sans compter la présence d’un orateur dont j’ignorais la présence ce soir-là : Michel Chartrand, venu dire quelques mots pour appuyer son vieux camarade de lutte. C’est du moins ce que je me disais, vu ses 84 ans bien sonnés. Honte à ma naïveté juvénile d’avoir sous-estimé ainsi cette force de la nature qui allait venir à bout de la pile de ma caméra ! Il faut dire pour ma défense que c’était mon premier discours « live » de Chartrand…

On dit de quelqu’un qu’il est « dans son élément » lorsqu’il est épanoui, à l’aise et maîtrise la situation. C’est bien peu dire de la performance de Michel Chartrand ce soir-là, lui qui, après plus d’une heure debout, entre colère et rire tonitruant, avait tout à coup regardé sa montre et demandé, comme inquiet pour son public : « J’prends-tu trop de votre temps vous autres là ? Y’a pas de bons programmes à soir… c’est pour ça qui m’ont invité ! »

Non Chartrand ne prenait pas trop de notre temps. Des hommes debout de sa trempe ça ne court décidément pas les rues, encore moins les postes de télévision. C’est pour ça que j’ai été fouiller dans mes vieilles cassettes et que je vous offre ici quelques extraits de cette soirée inoubliable.

 

« Aristote disait : ‘’la vie en société c’est une communauté’’. Pis St-Thomas d’Aquin... les noms des saints je m’en souviens pas trop trop... y disait la même chose. Pis même s’il l’avait pas dit, ce serait vrai pareil.

L’article premier de la déclaration universelle des droits de l’Homme que nos gouvernements ont signé en 1948, c’est peut-être pour ça qu’ils l’ont oublié, ça dit : ‘’Tous les humains naissent égaux en dignité et en droit. Ils sont pourvus d’intelligence et de conscience et doivent transiger entre eux dans un esprit de fraternité.’’ »

[…]

« La société c’est pour permettre à chaque personne, à chaque citoyen et à chaque citoyenne de s’épanouir, de venir à sa grandeur de femme et à sa grandeur d’homme. C’est pas plus d’État, c’est pas moins d’État, c’est le rôle des représentants de la société de voir à ce que toutes les connaissances humaines, les ressources naturelles, les connaissances scientifiques et les connaissances techniques soient orientées en fonction de la satisfaction des besoins des gens. C’est ça la société. »

[...]

« ‘’De mon grand pays solitaire Je crie avant que de me taire À tous les hommes de la terre Ma maison c’est votre maison Entre mes quatre murs de glace Je mets mon temps et mon espace À préparer le feu, la place Pour les humains de l’horizon Et les humains sont de ma race’’ (Gilles Vigneault)

L’ensemble du peuple québécois n’a jamais pensé autrement. On n’a pas besoin de penser d’ethnie inclusive pis d’ethnie exclusive, criss, on a toujours reçu tout le monde !

On a été élevé comme ça. Chez nous moi chus l’treizième... ben y’en ont essayé douze pour faire un bel homme... y’ont réussi assez bien...

L’autre jour, j’entendais à la radio une dame âgée : ‘’moi je suis comme les autres, pis les autres sont comme moi... ‘’. C’est ça. Mon père y nous disait ça : ‘’tu vaux n’importe qui pis n’importe qui te vaut.’’ C’est pour ça que les ministres, ça m’énarve pas... Ça m’énarve si peu qu’à 84 ans je peux encore lever mon pied à la hauteur d’un trou d’cul pis faudrait pas qu’y me présente un ministre... »

[...]

« Y’a un grand juriste qui s’appelle Georges Burdeau, y’a fait des gros livres sur la démocratie... ma femme m’en a apporté pendant que Trudeau me payait ma pension à Parthenais pendant 4 mois... Trudeau pis Marchand pis Pelletier trouvaient que j’étais pas assez à gauche... Eux autres sont partis au Parti Libéral à Ottawa... C’est pour dire, hein...

Burdeau y dit il s’agit pas de surveiller le pouvoir, il s’agit d’exercer le pouvoir... »

[...]

« Le PQ pis le PLQ sont tellement pareils, c’est comme une paire de fesses. Pis si je me retenais pas je dirais que le centre, c’est l’ADQ… »

[...]

« Faut avoir le vote proportionnel. En Allemagne les Verts pis les petits partis sont au Parlement. Icitte on est pris avec la paire de fesses. Pis le trou d’cul !

Au fédéral, ça c’est pas un problème. Moi quand j’allais voter au fédéral avec ma vieille mère, a me disait comment on vote mon p’tit garçon ? J’y disais maman ces monsieurs-là y nous veulent tous du bien, on fait des croix partout… »

[...]

« Lulu le toupette, le crosseur en chef, quand y’é allé à Churchill Falls pour faire sa conférence de presse ça coûté un million de dollars ! Le Dr. Banville qui est à la FATA y’a faite un livre « La peau des os », c’est à propos de la CSST-là, les voleurs contre les accidentés du travail. On a convoqué les journalistes qui étaient à la galerie de la presse l’autre bord de la rue dans l’hôtel, ça a coûté 125$… »

[...]

« Madame Harel a dit ça nous coûte 9 milliards… T’sais y nous lancent toujours des gros chiffres. Y nous prennent pour des imbéciles. Comme si on n’était pas capable de compter les zéros. Si y’a quelque chose qui se compte bien, c’est bien les zéros… Les 9 c’t’une job, mais les zéros…

A dit vous savez ça coûte 9 milliards par année… C’est pas vrai. Même en ’99 le bien-être social ça coûte 3 milliards 900 millions $. Les chèques ! J’ai dit madame y’a 20 compagnies au Québec, pas 2000, pas 200, 20 compagnies qui ont 11 milliards d’impôts reportés. Vous savez ce que ça veut dire ? Essayez de reporter votre impôt vous autres, vous allez voir ça vous allez avoir de la correspondance ! À un moment donné y’a un gars qui va venir vous porter ça de main à main, ça va être une saisie ostie !

Le Dr. Lauzon y’a relevé ça en ’85, en ’92, pis là y’a faite ’99. Là en ’99, 20 compagnies au Québec c’est 11 milliards d’impôts reportés, c’est plus que toute la sécurité sociale du Québec ! »

[...]

« Quand tous les journaux, les postes de radio, les postes de télévision, ont dit M. Bouchard s’en va parce que les gens sont moins autonomistes, sont moins souverainistes qu’y étaient… Y’a rien que le journal Le Couac, un journal satirique comme le Canard Enchaîné-là, qui a dit les gens y’ont pas voté PQ, y’ont pas voté Bloc, parce qu’y sont moins autonomistes, pis qu’y veulent moins de liberté pour le Québec, c’parce qu’y sont écoeurés du gouvernement PQ ostie ! C’est ça qui est la vérité… »

[...]

« Moi je vais vous dire quelque chose : j’ai été dans tous les cégeps de la province de Québec, de Hull à Rimouski… Partout y’a des professeurs qui m’ont dit Chartrand, y’a des étudiantes pis des étudiants qui ont faim… Pis des enfants qui ont faim au primaire, y’en a, hein ! … Ça c’est dans notre province… Trouvez-vous ça normal qu’il y ait du monde qui ait faim dans notre province ? »

 

(les extraits vidéo se retrouveront d’ici quelques mois sur Internet au www.brunodubuc.net).



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