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Il est temps de faire notre part

Il est en vogue ces jours-ci d’inviter chacun à faire sa part : sa juste part, nous

dit-on. Le gouvernement Charest, sa ministre de l’Éducation à l’avant-plan, invite les étudiants et les étudiantes à faire leur part dans le paiement de leurs études. L’Institut économique de Montréal (IEDM), voudrait que chaque abonné paie sa part du coût de l’hydroélectricité dans une Hydro-Québec privatisée. Bientôt, M. Castonguay invitera les malades à payer leur part des coûts du système de santé.

De voir ces différents acteurs politiques, qu’on croyait pourtant connaître, soudainement épris d’équité, de justice et de responsabilité étonne et touche. Quelle erreur effarante avons-nous commise en croyant qu’ils se préoccupaient uniquement de profits, de dividendes et de gros sous. Il n’en est pourtant rien. Toutes ces privatisations, ces augmentations de tarifs et ces réductions des services sociaux n’étaient que pour servir le bien commun que, sottement, une certaine gauche se donne le droit de monopoliser. C’est en fait notre mauvaise compréhension de l’économie qui est coupable, nous n’étions pas en mesure de voir à quel point ces décisions et propositions qui nous sont lancées allaient, en bout de ligne, bénéficier à tous.

Prenons l’exemple de l’éducation, sujet qui sera bientôt sur toutes les lèvres à cause des mobilisations étudiantes, des manifestations et des grèves. Nous n’avions pas vu que le gel actuel des frais de scolarité considéré par plusieurs d’entre nous comme insuffisant et comme devant être remplacé par la gratuité complète et l’absence de frais était en fait une subvention aux riches. En effet, ce sont ces nantis qui fréquentent le plus les universités, des frais de scolarité trop bas signifient donc une subvention gouvernementale pour payer l’éducation aux mieux fortunés. C’est d’ailleurs le problème de tous les services universels, les riches aussi y ont droit. Quelle folle dépense. Quel scandale ! Nous, la gauche, devrions revenir à nos vieilles valeurs : faire payer les riches. Comme les riches vont à l’université, déduisons tout de suite : faire payer les universitaires.

Pour les universitaires qui n’auraient pas eu la bonne idée d’être riches, nous trouverons bien quelque programme parfaitement adapté qui couvrira ceux qui sont dans l’indigence complète. Par exemple, un programme de prêts et bourse qui donne l’équivalent de l’aide sociale à ceux qui en bénéficient et qui considère qu’on peut bien se nourrir avec 5$ par jour. Quant à ceux qui réussissent à couvrir la base et à survivre, ils seront considérés riches ou en voie de l’être tant l’université les aidera bientôt à décrocher le magot en leur donnant accès à un emploi grassement payé.

Qu’importe au fond que l’éducation soit nécessaire à la survie de notre système démocratique. Cette lubie que nous avions en disant que des citoyens et des citoyennes informés puissent prendre des décisions éclairées grâce à un débat public riche appuyé par une instruction publique forte, accessible et de qualité : cette lubie n’a plus d’importance. Le rôle crucial de l’éducation est d’améliorer notre capacité à faire de l’argent, à améliorer notre capital humain. L’éducation est un investissement comme un autre que le gouvernement aurait tort d’aller biaiser en offrant des frais de scolarité trop bas.

Qu’importe aussi que nous pensions avoir trouvé un système adéquat pour faire notre part : l’imposition progressiste. Ce système où, suivant la hauteur de son revenu, chacun paie sa juste part ; eh bien ce système est désuet. Il est plutôt temps de s’assurer qu’il fonctionne de moins en moins en agrandissant les paliers d’imposition comme vient de le faire le gouvernement de Jean Charest. Il faut aussi s’assurer que les entreprises soient moins imposées en abolissant la taxe sur le capital, comme le dernier budget l’annonçait. En supprimant cette taxe et en modifiant les impôts, le gouvernement du Québec se prive de près de 2 milliards $ annuellement. Il faudra bien que nous compensions en payant un peu plus pour chacun des services qui nous sont si gracieusement offerts.

Nous avions cru que les riches qui allaient à l’école payaient de l’impôt à la mesure de leur revenu et faisaient ainsi leur juste part. Nous avions tort, ils paient de moins en moins d’impôt quand ils ne le cachent pas leurs revenus aux Bahamas pour éviter d’en payer tout court. Nous avions cru qu’à la sortie de l’école, les étudiants se retrouvant avec les emplois les plus payants allaient eux aussi contribuer aux finances publiques en étant imposer selon leurs revenus, nous avions tort là aussi, à coup de vastes attaques l’efficacité de notre système d’imposition se réduit comme peau de chagrin. Enfin, nous pensions qu’une instruction publique sans aucune barrière économique à l’entrée était un projet nécessaire pour une société démocratique. Là aussi nous nous trompions, tous les partis présents à l’assemblée nationale ont eut tôt fait de nous le rappeler en se positionnant en faveur de l’augmentation des frais de scolarité.

Il ne nous reste plus qu’à comprendre et à nous adapter. Bref, il est temps de faire notre part : nous soumettre.

SIMON TREMBLAY-PEPIN


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