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Forum Social Québécois :
Réfolutionnaire ?

Du 23 au 26 août a eu lieu, à l’Université du Québec à Montréal, le tout premier Forum Social Québécois (FSQ). À ce forum étaient invités tous les actrices et acteurs de la gauche (1) québécoise dans le but de « penser le Québec ! » Cette démarche n’est pas sans rappeler les festivals altermondialistes de Porto Allegre et, on s’en doute, les Solidaires (qui sont, rappelons-le, d’assez lucides personnes ... pour la plupart) ne sont pas très loin de l’organisation de ce sommet. Fait amusant, il se déroulait tout de suite après la rencontre de nos bandits favoris, Bush, Harper et Calderon, pour le Partenariat pour l’Insécurité et l’Exacerbation de la Pauvreté (PSP-SPP), rappelant d’autres confrontations épiques Sommet - Anti-Sommet.

Qu’est-ce que ce FSQ, d’abord ? Il s’inscrit dans la lignée des divers forums sociaux qui se déroulent à travers le monde et son but est d’entreprendre la recherche d’alternative aux diktats du marché et au pouvoir de la dictature que nous élisons de temps en temps (c’est déjà ça !). Dans les mots employés par les organisateurs du FSQ : Le Forum social québécois est un espace qui vise à rassembler, l’espace de quelques jours, [touTEs] ceux et celles qui croient en une société plus juste, qui s’opposent aux avancées du capitalisme néolibéral et à toute [sic] les forme d’oppressions, que ce soit au Québec ou dans le monde, et qui désirent construire ensemble le projet d’une société démocratique et solidaire. N’attendez pas pour crier votre joie : le FSQ remplit plusieurs de ses promesses et les groupes qui l’appuient et/ou y ont participé en témoignent (utilisation de tactiques différentes, sources de financement diverses - allant de l’utilisation de subventions gouvernementales à l’autofinancement, différentes inspirations politiques, etc.). Évidemment, ombre importante au tableau, comme dans plusieurs rencontres d’envergure, des partenaires moins joyeux sont du lot. SSQ vous comprenez ce que je veux dire (pour n’en nommer qu’un) ? Nous pouvons nous consoler en nous rappelant qu’au moins, les repas y étaient moins somptueux qu’à certains congrès sur la pauvreté (2) ...

Ce forum n’est pas la panacée : les maux du système d’exploitation dans lequel ce forum se déroule n’ont pas été apaisés par cette rencontre. Des solutions miracles n’ont pas été trouvées. Aucun consensus n’en est sorti. Par contre, des personnes ont pu se rencontrer, discuter et échanger sur des sujets qui nous touchent touTEs en dehors des huis clos bien connus du côté droit. Des gens ont pu créer des espaces libres pour la discussion et la réflexion sur nos problèmes et sur d’éventuelles solutions. Fait étonnant et encourageant : des personnes qui n’avaient pas milité depuis une ou plusieurs décennies s’y sont retrouvées afin de discuter avec d’anciens camarades qui, parfois, sont encore d’actives et d’actifs militantEs.

Ce n’est pas l’opinion de tout le monde par contre. Pour certains, le FSQ est largement dirig[é] par des organismes réformistes, sociaux-démocrates, des organismes dont certains se laissent acheter par l’État, qui ne remettent aucunement en question les fondements du système capitaliste-impérialiste mondial, sinon pour en critiquer les pires excès. (« Forum social québécois : appel à un contingent anti-impérialiste et révolutionnaire », sur le CMAQ) Que certainEs ne soient pas d’accord avec les visées révolutionnaires et armées des autres, que certainEs profitent des programmes gouvernementaux de subvention pour avoir un pouvoir d’action plus important, ça mine leur crédibilité, leur pouvoir d’action ou leur discours sur la nécessité d’un monde meilleur ? Le pire c’est que le FSQ déclare s’opposer « à toutes les formes d’oppression », ce qui est déjà une remise en question appréciable des fondements du système. Le jugement révolutionnaire me semble un peu dur sur une initiative qui semble plutôt positive et pousser à une réflexion concrète. D’autant plus qu’ils sont invités au Forum qui « repose largement sur l’auto-programmation », comme le reste de la gauche du Québec !

Le problème du slogan « Révolution, seule solution ! » des signataires du manifeste anti-FSQ, outre qu’il soit extrêmement réducteur quant aux possibilités de changement social d’envergure, est qu’il ne convainc que les convertis. Le groupe Crass déclarait, il y a près de 30 ans, que « la liberté n’a pas de valeur si la violence en est le prix » et la plupart des gens, surtout dans leur confort (et leur indifférence dirait un certain Denys), ne veulent pas envisager cette façon d’entreprendre un changement radical. La prise du pouvoir par les armes reste une prise du pouvoir, n’est-ce pas ? L’élite éclairée du PCR ne pourrait pas grand chose pour faire de cela une solution, et rares sont ceux qui y croient vraiment en dehors de leur cercle d’influence.

Devant des slogans du genre, devant des critiques faciles et trop radicales comme celles-ci, je me demande franchement comment ces gens pourraient convaincre un badaud, croisé dans la rue. Des réponses toutes faites, des « On verra quand ça arrivera », des « Ouais mais t’es aliéné », ce n’est pas une très bonne campagne de marketing et ça limite radicalement le pouvoir d’action de ces groupes.

Ce n’est pas en critiquant de façon acerbe et non constructive un événement de gauche qui a un potentiel de rassemblement et de réflexion qu’il nous sera possible de trouver une issue. Ce n’est pas non plus en bêlant des slogans simplistes et des formules toutes faites que nous pourrons construire une alternative plausible qui saura convaincre les gens. Ce n’est pas en coupant les liens avec des gens sensibles à une cause mais qui ne sont pas assez radicaux qu’il sera possible de créer un mouvement fort.

À mon sens, il faut penser à une véritable avenue pour pouvoir répondre aux questionnements qui viennent naturellement aux gens lorsque nous leur parlons de la possibilité d’une société postcapitaliste, et ce n’est qu’en ayant des réponses solides et satisfaisantes que nous pourrons espérer convaincre les gens de la possibilité d’un monde meilleur. Des évènements comme le FSQ sont là pour y réfléchir et pour échanger sur ces sujets trop peu abordés dans notre quotidien.

Guillaume Beaulac

(1) Et de l’extrême-gauche, de la gaugauche, de la social-démocratie, du centre-un-peu-à-droite-mais-encore-à-gauche, des fervents défenseurs de la douteuse théologie de la libération ... sans aucune discrimination ! (2) Voir la Une du dernier numéro du Couac, « Pauvreté Cinq Étoiles ».


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