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Afghanistan - les militaires de Valcartier attendus avec impatience
LES VISAGES DE LA RÉSISTANCE

Pour souligner le départ vers l’Afghanistan des militaires du 22e régiment de Valcartier, les journaux La Presse et Le Soleil proposaient des portraits d’une cinquantaine de ces valeureux combattants. Par manque de fonds, sans doute, nos deux quotidiens d’information n’ont pas présenté quelques combattants afghans. Le Couac s’est donc dévoué à cette tache, pour assurer au public québécois une information neutre et objective, qui présente toujours - comme le veut l’éthique journalistique - les deux côtés de la médaille...

Ahmad Zaher - « Les étrangers tirent sur tout ce qui bouge »

Berger de la région de Kandahar, père de quatre enfants, trois garçons et une fille, Ahmad est un homme posé et très souriant. « Moi et mes amis, nous attendons avec impatience le nouvel arrivage de soldats du Canada », dit-il en caressant sa longue barbe bien trimée. Ahmad œuvre dans une petite équipe de résistants, dont il ne peut donner ni le nom ni la localisation précise pour des raisons de sécurité. Ils se spécialisent dans la confection de bombes qu’ils disposent le long des routes. « Les étrangers, ils patrouillent nos villages et tirent sur tout ce qui bouge. La semaine dernière encore, ils ont bombardé un village avec leurs avions : une dizaine de personnes sont mortes, des enfants, des femmes... » Mais que disent ses enfants d’un travail si dangereux ? « Ils ont peur, bien sûr - mais je me bats pour qu’ils vivent plus tard dans un pays débarrassé de forces étrangères. »

Mehmoud Hazarvi - « Mon père sait que je sers une cause noble »

Il n’a que 25 ans, mais déjà 3 enfants, deux filles et un garçon. Mehmoud était encore voilà quelques mois un cultivateur paisible, qui n’utilisait son fusil que pour chasser les renards qui attaquaient à ses poules... Mehmoud, comme tant de petits paysans de la région, cultivait le pavot, ce que son père avait fait toute sa vie avant de perdre les deux jambes en marchant sur une mine. Aujourd’hui, la famille de Mehmoud est acculée à la famine, car la terre familiale a été aspergée du haut du ciel d’herbicide dans le cadre des opérations d’éradication de la culture du pavot. « J’ai tout perdu », dit Mehmoud, « je ne peux plus nourrir mes enfants, ma femme et mon pauvre père. J’avais honte, jusqu’à ce que je rencontre des gens de la résistance. » Ils lui ont assuré un salaire respectable et un solide réseau d’entraide : « Nous sommes comme une équipe de football », explique-t-il. « Oui, je dois maintenant faire la guerre plutôt que de cultiver la terre, mais mon père sait que je sers une cause noble. »

Meena : une femme à la volonté de fer

Cette jeune femme préfère ne pas révéler son nom de famille, par peur de représailles. Meena a un regard profond, intense et qui exprime une volonté de fer. Fille d’une famille de 5 enfants, ces parents ont été abattus devant ses yeux par des miliciens de l’Alliance du Nord, dont les chefs sont maintenant au pouvoir à Kaboul, dans le gouvernement du président Hamid Karzaï. Après avoir tué ses parents, les miliciens l’ont violée, ainsi que ses deux sœurs. Elles n’étaient que des adolescentes à peine pubères. « C’est chiens sont maintenant au pouvoir, et ils y sont grâce à qui ? Grâce aux armées étrangères qui les défendent, qui les ont toujours financés ! » Aujourd’hui, Meena est l’une des membres d’une équipe de kamikazes, entraînée dans un camp au Pakistan à manipuler des explosifs et à se faire sauter à proximité de soldats étrangers. « J’attends avec impatience l’arrivée des nouveaux soldats canadiens. Je veux crever tous ces chiens qui protègent un gouvernement de violeurs - à la mémoire de mes parents assassinés, à la mémoire de mes sœurs ! »

Mohammed Sayyaf - « Après la guerre, je vais me marier »

Mohammed est un grand gaillard au sourire engageant, qui aime le sport et son métier : tireur d’élite contre les forces d’occupation. « Dans ma famille, on résiste à l’occupant de père en fils », explique-t-il. « Mon père a vaincu l’armée soviétique dans les années 1980 », dit-il avec fierté. Mohammed n’a que 22 ans et il espère se marier, mais après la guerre. « Je veux d’abord débarrasser notre terre de ces étrangers. Les gens ici sont très inquiets. Il y a de plus en plus d’accommodements déraisonnables avec ces étrangers qui viennent ici sans accepter notre culture. Ces étrangers, ils ouvrent leurs restaurants et continuent de manger comme chez eux, ils installent des sapins tout éclairés de lumière lors de leur fête religieuse païenne, ils boivent de la bière pour célébrer leur fête nationale. Je crois que les Afghans sont accueillants, mais ils ne doivent pas sacrifier leurs propres valeurs, leur culture. » Mohammed est considéré comme le meilleur tireur de son groupe de résistants et prétend pouvoir toucher sa cible à 400 mètres. C’est loin, quatre cents mètres ? « Tu vois la mosquée là-bas ? Si c’était un infidèle, il serait mort... »

Mohamed Smith-Gagnon


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