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Un ami qui vous veut du bien
Le président de CROP vous fera ravaler votre social-démocratisme

Le 10 janvier dernier, le président de la firme de sondage CROP, Alain Giguère, s’est trouvé très troublé après qu’un nouveau sondage ait révélé que les Québécois ne veulent rien, mais rien savoir des réformes antisociales de Lucien Bouchard et cie, et ceci malgré les efforts de CROP pour biaiser au maximum les questions de ce sondage en faveur des réformes « lucides ».

Ce sondage révélait entre autres que les les 15-24 ans sont portés à vouloir « augmenter les impôts », une hérésie si l’on en croit les dogmes néolibéraux. Oh, attention ! Giguère avait bien tenté de prévenir le coup et de contrer les errances du sens commun en biaisant toutes les questions « du bon bord »...

Hélas, cela n’a pas empêché les jeunes Québécois de persister dans leur aveuglement social-démocratique : « ceux qui nous disent qu’il faut améliorer les programmes sociaux, ce sont les jeunes. Donc, on a beau tout faire, il y a une limite à ce qu’on peut biaiser notre questionnaire pour dire "réveillez-vous" », a-t-il soupiré en conférence de presse. « Pardonnez-leur, car ils ne savent pas ce qu’ils font ! », aurait-il pu ajouter...

« On veut votre bien...et on va l’avoir ! »

Ce sondage n’est ainsi interprété par Giguère que comme la mesure de la dureté des consciences individuelles dont il s’agit de briser la volonté. C’est pourquoi le sondeur-prêcheur a invité les « lucides » à redoubler d’efforts dans leur propagande : « On vit en démocratie, donc il faut vendre ces réformes à la population, mais il n’y a pas d’acheteur [...] il y a certainement un blocage [chez les Québécois] [...] Changer ça, ça va prendre beaucoup d’efforts politiques », a expliqué le président de CROP. L’existence de la démocratie représente ici un désagrément, puisqu’il oblige les prêtres de l’économique, en lien direct avec la volonté divine du marché, à obtenir le consentement populaire pour procéder à la mise en charpie des programmes sociaux. Le rôle de la bonne populace se réduit, dans cette perspective, à celui de consommatrice de produits électoraux sur le marché politique, consommatrice dont il faudra baisser la garde, pour lui faire accepter, même malgré elle, les réformes politiques qui assureront son bien.

Ce n’est pas d’hier que l’on peste contre la connerie des sondages-et des sondeurs-toujours prêt à livrer quelque interprétation tortueuse et emplie de veulerie lorsqu’il s’agit d’expliquer ce que « pensent » les Québécois, ce qu’ils veulent et ce qu’ils espèrent. En effet, souvenons-nous de ce savoureux sondage qui disait : « Les Québécois veulent Lucien Bouchard », alors que celui-ci avait annoncé qu’il n’avait aucunement l’intention de revenir en politique.

Comble de connerie, lorsque les sondages semblent indiquer que les citoyens veulent à peu près de tout sauf des mesures économiques réactionnaires de la classe dominante, c’est tout à coup que les Québécois n’ont rien compris.

Faudrait s’entendre sur un discours clair, chez CROP : ou alors les sondages ne permettent pas de savoir ce que « veulent » les Québécois et on arrête de les présenter comme un oracle, ou alors ils disent vrai même quand les résultats sont gauchisants, et on accepte que les Québécois ne soient pas aussi colonisés de l’esprit qu’on voudrait bien le croire lorsqu’ils s’opposent à la libéralisation économique. Sur cette question, M. Giguère devra sonder sa conscience.

Quand à nous, au Couac, nous tirons une toute autre conclusion : des amis qui disent nous vouloir du bien, toujours prêts à donner un coup de main pour nous rentrer le réel économique dans la gorge, eh bien, on saurait très bien s’en passer. Et les maisons de sondages qui biaisent leurs questions pour « conscientiser » le bon peuple des bienfaits des réformes ultralibérales devraient être forcées de mettre la clef dans la porte.

À bien y penser, histoire d’être certain, fermons les toutes, ça nous permettra peut-être de penser à nouveau en dehors des « tendances » observables auxquelles il faudrait se soumettre. Sur une telle proposition, aucune marge d’erreur possible...

Eric Martin



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