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Boisclair, un « beau risque » ?

Depuis l’élection d’André Boisclair comme chef du Parti québécois, des militants déçus ont mis ses capacités en doute, craignant qu’il n’adhère pas vraiment aux positions adoptées par le dernier congrès. D’autres ont répliqué : « taisez-vous, c’est maintenant lui, le chef, passons à autre chose, préparons les élections ! » C’était aussi mon avis, sauf que...

Sauf qu’il faut respecter le droit de chacun de réagir à des déclarations mal inspirées ou mal fondées. Ainsi, je m’oppose aux appels que Boisclair a lancés en faveur d’un « beau risque » mal défini, à part des allusions à René Lévesque. Boisclair a lancé ces appels lors de la commémoration, à Québec, du trentième anniversaire de la victoire du 15 novembre 1976, grâce à laquelle Lévesque a formé son premier gouvernement.

Boisclair a d’abord exhorté les militants à faire preuve de courage et de détermination, à l’exemple du « beau risque » de Lévesque en 1984. Plus tard, devant un millier de personnes réunies dans un théâtre de la capitale, il a proposé au Canada de reprendre le « beau risque » qu’aurait représenté en 1987 l’accord dit du lac Meech, qui devait échouer trois ans plus tard.

Le problème, c’est que Boisclair a une curieuse conceptionn de ce que fut le « beau risque » de Lévesque. Il prétend que c’est grâce aux événements de 1984 que le Parti québécois a pu organiser le référendum de 1995. Or ce lien n’existe pas. Lévesque, usé et malade, a démissionné en 1985 et, aux élections qui ont eu lieu quelques mois plus tard, le Parti québécois a perdu le pouvoir. Il allait le reprendre en 1994, avec Jacques Parizeau comme chef, qui a fait table rase des procrastinations des années 80.

Non seulement le lien que Boisclair imagine entre 1984 et 1995 n’existe pas, mais le « beau risque », contrairement à ce qu’il semble croire, n’avait rien de glorieux. Lévesque, bien sûr, était un grand homme, mais les grands hommes commettent parfois des erreurs.

À Ottawa, Mulroney avait remplacé Trudeau. Il était plus « parlable », mais cela ne favorisait nullement la cause indépendantiste. Alors, dans l’espoir d’arracher quelques concessions constitutionnelles - un objectif totalement fédéraliste - Lévesque entendait interdire aux candidats péquistes aux élections qui approchaient de parler de souveraineté. Ce n’était ni approprié ni courageux. De la part du fondateur du Parti québécois, c’était plutôt un mauvais calcul, pour ne pas dire une trahison.

Douze députés péquistes, y compris cinq ministres, ont alors démissionné ou traversé le parquet de l’Assemblée pour siéger dans l’opposition. Une crise de cette ampleur est un phénomène très rare. Il y a de quoi dégoûter du « beau risque ». Si Boisclair maintient sa déformation de l’histoire récente, on pourra croire qu’il représente lui-même, au mieux, un « beau risque ».

Pierre de Bellefeuille



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