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Les clubs privés

Si vous avez raté l’émission Tout le monde en parlait, diffusée il y a quelques semaines sur les ondes de Radio-Canada et consacrée aux clubs privés de chasse et de pêche, vous aurez manqué une occasion de comprendre comment fonctionne concrètement l’impérialisme et comment un peuple peut finir par intégrer l’innommable dans son quotidien, acceptant la tête dans les épaules qu’on le dépossède de la jouissance de son territoire. Cette émission a fait remonter de ma mémoire cette millionnaire étatsunienne qui, dans les années 1950, possédait une bonne partie de la rivière Sainte-Anne, en Gaspésie. Une formidable rivière à saumons qu’elle était seule à pouvoir pêcher. Pour mieux surveiller son domaine, elle avait fait construire un système de téléphériques d’où, à bord de sa nacelle et carabine aux poings, elle traquait les indigènes à qui il aurait pris l’envie de la priver de ses saumons.

Pourquoi parler de ces histoires de pêche alors que le Liban est à feu et à sang, que le port de Gros-Cacouna fait désormais partie de la stratégie géopolitique mondiale et que les sables bitumineux, en Alberta, sont désormais, et ouvertement, mis au service du complexe militaro-industriel étatsunien ?

Parce que c’est toujours le même pattern qui s’applique : les puissants ont tous les droits, que ce soit sur les saumons, sur les orignaux, sur le pétrole, sur le gaz ou sur les peuples !

Après les élections fédérales de janvier, j’avais écrit : « Pour l’heure, dégustons la déroute libérale comme du petit lait, sachant fort bien qu’avec les conservateurs, les jours de miel et de roses se feront plutôt rares dans pas grand temps. » C’est bien ce qui est arrivé.

Jamais gouvernement canadien n’aura, aussi clairement, marché à genoux dans la gravelle pour faire plaisir aux USA.

Sur les bombardements honteux d’Israël sur des villages libanais ? Une riposte « mesurée », de dire Harper sans sourciller, faisant passer Bush pour un modéré. Même après qu’une dizaine de citoyens canadiens ont été tués dans un village dans lequel ne se trouve pas l’ombre d’une infrastructure civile ou militaire. Il fallait lire, dans le National Post du 17 juillet, que des illuminés religieux qui tuent des civils avec des roquettes artisanales sont des terroristes alors que des soldats israéliens de Tsahal qui tuent des civils avec des bombes larguées d’avions dernier cri livrés par les USA sont de fiers combattants.

Sur le projet de port méthanier à Gros-Cacouna ? Il fallait voir la tête de Poutine et de Harper quand ils ont signé une entente prévoyant l’envoi de gaz russe au port du Bas-du-Fleuve, d’où il sera expédié aux USA. Pourquoi ce détour ? Parce que sur la côte est des USA, on n’en veut pas, de super-méthanier. Paraît qu’à Cacouna, il s’en trouve pour se péter les bretelles en pensant à des emplois dont on aura assez des dix doigts de la main pour les compter...

Sur les sables bitumineux ? Il y a quelques semaines, le secrétaire d’État à l’énergie des USA passait quelques jours en Alberta, se réjouissant de ce que cette énorme réserve énergétique soit mise à la disposition de l’Empire. Paraît qu’il faut pas moins de quatre litres d’eau pour produire un litre de pétrole avec ces sables. À ce rythme, y aura-t-il encore de l’eau disponible quand l’Empire en réclamera à grands cris ? On se le demande.

Sur les dépenses militaires ? Quinze milliards $ investis en moins de quatre jours. Dans des avions, des camions, des tanks et autres joujoux fabriqués pour la plupart aux USA. C’est l’ex-ambassadeur étatsunien à Ottawa, Paul Cellucci, qui doit se bidonner, lui qui faisait une crise hebdomadaire pour dénoncer le manque d’empressement du Canada à se doter d’armes de destruction plus ou moins massive.

Sur le bois d’œuvre ? Une entente qui risque de ne durer que 23 mois, dont le coût s’élève à 1,5 milliard de dollars. Une somme retenue sur l’argent dû aux producteurs canadiens. Du shylocking d’État, en quelque sorte.

Sur toutes ces questions comme sur un grand nombre d’autres, il y a un fil conducteur : Le Harper est tout content que Bush le soit. Pourvu que la canicule n’empêche pas les Québécois de voir ce qui se fait en leur nom...

Quand on y regarde de plus près, c’est le Canada tout entier qui est en passe de devenir, comme jamais auparavant, le club privé des USA. De quoi nous faire penser que dans le fond, les saumons et les orignaux, ce n’était peut-être qu’un début...



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